LA MARCHE THERAPEUTIQUE

En 2005, agacé par un patient surbooké qui n’était jamais disponible, un psychologue

New-Yorkais - Clay COCKRELL - eut l’idée de donner rendez-vous à son patient dans un parc,

à Battery Park. Ils marchèrent…

« C’était dynamique. Il était plus concentré, énergique et plein d’espoir »,

raconte-t-il au Sunday Times en 2008.

Le concept de « walk and talk therapy » était né !

Le « Walk & talk coaching » ou « walk & talk therapy » est une alternative au cabinet de consultation classique. Plutôt que de rester assis dans un bureau, la thérapie se déroule à l’extérieur ; la nature devient le lieu de consultation et l’entretien se déroule en marchant. Il combine les bienfaits de la nature, de la marche et de la thérapie.

 

Clay COCKRELL est installé à New-York, dans Brodway Street et y reçoit en consultation depuis plus de 10 ans, tout en se rendant à Central Park avec ses clients.


Pour lui, faire « marcher votre corps » est une métaphore de « marcher votre vie », ou de marcher au travers de vos difficultés d’ordre psychologique. Il décrit une relation moins formelle qu’en cabinet, permettant plus facilement d’exprimer des sujets personnels difficiles, de davantage se révéler, d’accepter davantage de vulnérabilité (notamment pour les personnes ayant du mal avec le regard du praticien), aussi de vivre le plaisir d’accomplir concrètement quelque chose.

Clay COCKRELL (http://www.walkandtalk.com) considère qu’il est tellement plus naturel d’être debout et de marcher que de s’asseoir et de parler. Que l’empathie, l’intimité, la compréhension sont plus vite et davantage ressentis en marchant ensemble, même sans mots. Que partager est positif pour le processus d’accompagnement, même s’il est vigilant à ne pas être perçu comme un « camarade de marche ».


En trouvant un rythme commun de marche, il se considère moins manipulant qu’en recherchant une synchronisation physique en cabinet. Il peut ressentir le rythme, la posture de son client. Pour lui, marcher en accompagnant constitue un outil thérapeutique supplémentaire, qui lui donne beaucoup plus d’informations sur ce que son client vit, en particulier sur la façon dont il interagit avec son environnement, notamment s’il est déprimé ou angoissé.

 

C’est ainsi ce que démontre la « Walk and Talk » : la marche associée à la parole permet d’éclaircir sereinement bien des situations, le mouvement du corps facilitant celui du psychisme.

Comme l’entretien en « face à face » est remplacé par un entretien « côte à côte », l’absence de regard favorise le dialogue et facilite les confidences. Ce n’est pas le seul avantage, les études en Psychologie Positive démontrent à quel point la connexion avec la nature aide à mieux exprimer ses émotions et permet une meilleure connexion avec soi-même.

 

La marche permet une meilleure oxygénation et maintient le corps en action. Le cerveau est mieux irrigué, l’attention se relâche moins facilement.

Mais les bienfaits de la marche, en général, ne sont plus à démontrer…

 

Pour l’anthropologue et sociologue français David Le Breton, qui a publié « Eloge de la marche », « marcher, c’est se délivrer de l’urgence, retrouver des sensations oubliées, toucher le sacré. Une fatigue jubilatoire… ».

 

Ce dernier, qui a arpenté la planète de l’Himalaya aux Vosges, en passant par Compostelle, affirme que « marcher cristallise tous les bonheurs ».

 

Dans son nouvel essai « Marcher la Vie, un art tranquille du bonheur », cet homme aux semelles de vent nous parle d’émerveillement de la marche, mais aussi de son pouvoir de guérison sur nos âmes et nos corps.

 

Interviewé pour le magazine Psychologies Magazine de juillet 2020, il nous fait part de sa joie profonde de la marche, de son moyen de ré-enchanter nos existences, de la plongée en soi et même de sa guérison face à nos fatigues de l’âme. En voici quelques beaux extraits !

 

« En nous contraignant à l’immobilité, le confinement nous a rappelé que nous n’AVONS pas un corps, mais que nous SOMMES un corps : nous l’avions oublié, tant, dans la vie courante, il est réduit à une sorte d’objet utilitaire. Pendant toute cette période, j’ai rêvé à des promenades futures, je me suis souvenu de randonnées anciennes, j’ai imaginé l’après, rêvé d’autres balades ». […]  

Marcher, c’est pratiquer la lenteur au lieu de la vitesse du rendement, de l’efficacité qui abîment nos vies d’aujourd’hui. Voilà une activité gratuite, démocratique puisqu’accessible à tous qui renvoie au bonheur d’utiliser son corps, de bouger, d’exister, de faire un effort à sa propre mesure. J’y vois le goût du silence, de la contemplation loin de nos univers bruyants. Je crois aussi aux vertus de l’écoute et de la conversation lorsque l’on marche à plusieurs, loin de la tyrannie des portables. […]  

 

En avançant au gré de ses envies, on remet sa sensorialité en marche, on admire les animaux, la beauté des paysages, on hume des odeurs, on rencontre des inconnus. Le marcheur est ouvert au monde, disponible à ce qui vient. Quand il entre en forêt, par exemple, tous ses sens sont sollicités. Humer, toucher, sentir, regarder, écouter : on se retrouve dans un monde de jubilation sensorielle. La somptuosité de certaines lumières, les odeurs de terre mouillée ou de résine, la stridulation des cigales, le craquement des pommes de pin, la rugosité des arbres, la douceur de la mousse, la fraîcheur du vent… La marche nous rappelle le prix des choses sans prix – boire un verre d’eau, pique-niquer sous un arbre, s’abandonner à la sieste, tout devient miracle. Se déplacer à son gré, voilà bien la cristallisation de tous les bonheurs possibles sur terre. […]  

 

Seul, on plonge dans son intériorité. Avec la personne que l’on aime, on retrouve le plaisir du partage, de l’observation à deux. Avec des enfants, la promenade devient un moment de transmission, l’un des derniers de notre société. On se retrouve en état de disponibilité mutuelle totale. […]  

 

Partir en balade, c’est laisser derrière soi les soucis en allant au-devant du monde, devenir disponible à l’instant. On plonge à l’intérieur de soi et l’on se met à relativiser, à mettre à distance ce qui nous tracasse. Avez-vous remarqué comme, après une promenade, on trouve souvent la solution à ses problèmes ? La marche est une démarche presque taoïste : on ne se crispe plus, on respire, on souffle dans une attitude d’ouverture, et souvent, la solution s’impose soudain. Expérience de dépouillement, d’humilité, elle aide aussi à la guérison. […]  

 

J’ai rencontré des personnes qui, en pratiquant des jours, des semaines de randonnée, ont vu leurs douleurs régresser puis disparaître. […] Toute marche est une guérison physique ou morale. Après un deuil, une épreuve, nombreux sont ceux qui se reconstruisent un pas après l’autre. […]


La marche est une leçon de vie, de joie de vivre, elle permet à tous de renouer avec la liberté et nous remet au monde, littéralement. […] Mais nul besoin de se rendre loin : dans sa ville, à la campagne, à la mer, à la montagne, on peut, en marchant, traverser également des moments de folle intensité ».

 Et pour ceux qui désirent se promener en ville, le Pavillon de l’Arsenal

propose une exposition, jusqu’au 11 octobre 2020, sur les Sentiers métropolitains

à la croisée des mondes de l’aménagement, de l’art, du tourisme, de l’écologie. 

 

« Cette exposition « L’art des sentiers métropolitains » révèle cette pratique émergente, rend hommage aux pionniers de la discipline, donne les clés de la création d’un sentier métropolitain et dévoile pour la première fois le tracé du sentier du Grand Paris : 600 km à pied, 30 jours de marche, ce sentier est le premier équipement culturel métropolitain à l’échelle du Grand Paris. Conçu et porté par des artistes, architectes, urbanistes, philosophes, il invite les habitants et les promeneurs à vivre une expérience au long cours entre proche et grande banlieue ».

Il s’agit de relier le centre de Paris à la petite couronne, grande couronne, ceinture verte par des infrastructures qui modifient le rapport à la ville.

 

« Pour ses concepteurs, aux côtés d’autres mouvements de société, comme l’agriculture urbaine ou l’urbanisme transitoire, la randonnée métropolitaine modifie les façons d’habiter et d’appréhender le territoire ». « En nous permettant de renouer avec l’espace physique à l’épicentre même de la crise écologique, ces sentiers contribuent à imaginer la ville de l’après-pétrole. »

« Pendant tout l’été, le Pavillon de l’Arsenal invite à découvrir cet art urbain de la marche à travers une sélection de cartes, livres, photos, vidéos, d'archives, de textes et de pièces sonores qui met en lumière l’art des sentiers métropolitains ».  

https://www.pavillon-arsenal.com/fr/expositions/11755-lart-des-sentiers-metropolitains.html

Si tu n'arrives pas à penser, marche,

Si tu penses trop, marche,

Si tu penses mal, marche encore.

JEAN GIONO

Les seules pensées valables viennent en marchant.

NIETZSCHE

 

NOTA BENE :
Certains considèrent que Megan Brown, thérapeute utilisant la marche accompagnée et installée dans la région de Los Angeles, fut la première à parler de marche thérapeutique, ayant publié - aux Etats-Unis - un livre à ce sujet. Elle y centrait son approche sur la possibilité, pour les thérapeutes, de se former à la marche accompagnée.

*Site : http://walkandtalktherapist.com

*Livre : « Walk and Talk Therapy : A Therapist’s Guide ».

 

Sources pour cet article : 

 https://openyourself.be

https://ttps://www.walkyourmind.com

http://www.cheminaidant.com

https://www.pavillon-arsenal.com/fr/expositions/11755-lart-des-sentiers-metropolitains.html

Article de Psychologies magazine de juillet 2020 – Ariane Bois.


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