ALCOOLOREXIE : UN AUTRE TROUBLE DU COMPORTEMENT ALIMENTAIRE ?


BOIRE PLUS POUR MANGER MOINS ?

Manger moins, être ivre plus vite, et ne surtout pas trop grossir !

telle serait la tendance chez certaines personnes qui sautent les repas, et

notamment les jeunes (femmes).

L'alcool est riche en sucre et donc en calories.

Alors, pour pouvoir boire en soirée sans risquer de prendre quelques kilos superflus, les jeunes femmes sautent des repas avant et/ou après. Ainsi, elles peuvent boire sans voir la balance affichée une prise de poids.

Qu'est-ce que l'ALCOOLOREXIE ?

Traduit en français par alcoolorexie, la drunkorexia (en anglais) est le nom donné à l'association de troubles de l'alimentation comme l'anorexie et d'une consommation excessive d'alcool en peu de temps comme le binge drinking. 

Les symptômes de l'alcoolorexie

L'alcoolorexie n'étant pas médicalement reconnue, les symptômes de cette pathologie ne sont pas clairement définis. Elle se manifeste donc par le fait de sauter des repas pour pouvoir boire de l'alcool et réduire ainsi le nombre de calories ingérées. Mais ce n'est pas tout. À cela s'ajoute souvent le "binge eating" : les personnes mangent en grande quantité sous l'effet de l'alcool et ensuite se font vomir. L'objectif reste le même : se débarrasser des calories en trop. 

« En parallèle, de nombreuses jeunes femmes sont victimes des injections contradictoires (« sois mince » et « éclate-toi ») et souffrent d’un moi peu solide, peu structuré sur le plan narcissique. Enfin, « elles présentent souvent des éléments dépressifs : sentiment d’ennui, de tristesse, insatisfaction, faible estime de soi », remarque Fatma BOUVET DE LA MAISONNEUVE, psychiatre et auteure de « Les Femmes face à l’alcool » (éd. Odile Jacob).

Alcool : différence entre habitude et dépendance

« Parce que les alcooliers ont réussi, comme les fabricants de tabac autrefois, à rendre désirable la consommation d’alcool pour les jeunes femmes », explique Michel REYNAUD, psychiatre et addictologue à l’hôpital Paul-Brousse, à Villejuif.

« L’augmentation de leur consommation coïncide avec l’autorisation de la publicité pour l’alcool sur Internet, l’explosion des réseaux sociaux, celle des "happy hours", l’arrivée des prémix*… Bref, boire au féminin est devenu cool. Résultat, l’«alcoolorexie » guette dans une société permissive et pessimiste, où l’alcool, pourtant en vente libre, est le plus dangereux des toxiques. Et où faire la fête et s’alcooliser sert de soupape de décompression à une génération ».

*prémix : un prémix,ou pre-mix, doit son nom à l'anglais premixed, soit « mélangé à l'avance ». Ce terme regroupe les boissons issues du mélange d'une boisson alcoolisée et d'une boisson non alcoolisée.

Une préoccupation sur le corps et la "ligne", véhiculée par la société

Le phénomène d'alcoolorexie chez les jeunes femmes serait étroitement lié au culte du corps parfait, porté par la société et notamment sur les réseaux sociaux.

«Si elles boivent plus, elles restent préoccupées par leur ligne. Bien informées, elles savent que l’alcool contient beaucoup de calories. Et que cette consommation risque de déséquilibrer leur poids. Du coup, elles optent pour une solution simple : remplacer les calories alimentaires par des calories alcooliques ». Psychiatre, Xavier POMMEREAU connaît ce phénomène.

« Je suis effaré de rencontrer autant de jeunes femmes, souvent de bon milieu, intelligentes, qui accordent une attention extrême à leur apparence et qui “se déchirent” en enfilant les verres, dit-il. Il y a quinze ans, ce n’était pas via l’alcool que le mal-être se manifestait mais par des crises de spasmophilie, des syncopes, des malaises. Dans notre société qui valorise à outrance l’apparence, la consommation et le zapping, on a l’impression que l’alcool est pour ces jeunes femmes un moyen de rompre avec la pression quotidienne à travers des espèces de transes ».

« De nombreuses jeunes femmes sont victimes des injections contradictoires (« sois mince » et « éclate-toi ») et souffrent d’un moi peu solide, peu structuré sur le plan narcissique. Enfin, « elles présentent souvent des éléments dépressifs : sentiment d’ennui, de tristesse, insatisfaction, faible estime de soi », remarque Fatma BOUVET DE LA MAISONNEUVE, psychiatre et auteure de « Les Femmes face à l’alcool » (éd. Odile Jacob).

Anorexie et/ou boulimie avec alcool ?  

S’agit-il alors de véritables anorexiques ? « Non, plutôt d’anorexiques opportunistes », précise Christine FOULON, psychiatre et spécialiste de l’anorexie à la clinique Villa Montsouris, à Paris.

« Les vraies anorexiques sont tellement dans la maîtrise qu’elles fuient généralement l’alcool, qui leur fait perdre prise. L’“alcoolorexie” ou la “drunkorexie”, pour reprendre le terme anglo-saxon, relève plus de pathologies de type anorexie-boulimie, où les patientes alternent épisodes de privation et lâchages complets tant la frustration est grande. »

Même les stars ?

Ce ne sont pas les multiples stars et starlettes, adeptes du cocktail explosif picole-diète (Lindsay Lohan, Kate Moss, Kirsten Dunst…), qui diront le contraire !

En 2011, Lady Gaga a révélé dans une entrevue radio qu’elle suivait un « régime de soulard » : elle mangeait peu, carburait au whisky et s’entraînait tous les jours, quitte à le faire avec une gueule de bois, afin de ne pas prendre de poids.

Alcoolorexie : quels effets sur la santé ?

L'alcoolorexie est une fausse bonne idée sur le long terme, car si c'est une méthode qui permet de garder la ligne, elle n'épargne pas la santé. "Des études appuyées sur l'imagerie médicale ont montré que la consommation aiguë d'alcool abîme fortement le cerveau. Si, en plus, on est à jeun, le cerveau, en hypoglycémie, est encore plus vulnérable et les comas sont plus graves", explique le professeur Michel REYNAUD, chef du département psychiatrie et addictologie à l'hôpital Paul Brousse de Paris. 

Boire en excès en peu de temps tout en ayant le ventre vide conduit à l'intoxication alcoolique avec pour symptômes confusion, vomissements et malaises, qui peuvent parfois s'accompagner de problèmes cognitifs à court et long termes, dont des difficultés à se concentrer, à étudier et à prendre des décisions.

"Pratiquer l'alcoolorexie de façon régulière augmente les risques de développer une maladie du foie ou du cœur à long terme. Aussi, la drunkorexia provoque des carences en vitamines et minéraux indispensables au bon fonctionnement de l'organisme et que l'alcool ne peut remplacer", explique le Dr Sarah JARVIS, médecin conseil à Drinkaware, un site anglais indépendant qui informe et conseille le grand public sur les dangers de l'alcool et les bonnes pratiques à adopter. 

A cela s’ajoutent, à court terme, une augmentation des conduites sexuelles à risque et des accidents de la route, ainsi que, à moyen et long terme, des détériorations neurologiques irréversibles, des pertes de concentration, des troubles anxieux et des dépressions.

Quelques chiffres :

Selon une étude citée par The Independant datant de 2016, les jeunes femmes sont les plus touchées.

Près de 60% des étudiantes américaines, de moins de 30 ans, seraient concernées par cette pratique. "Les symptômes de l'alcoolorexie les plus courants chez les jeunes femmes se traduisent par sauter les repas (37,5%), consommer des boissons alcoolisées sans sucres et à faible indice calorique (46,3%) et pratiquer un exercice physique à la suite d'une soirée alcoolisée pour éliminer les calories (51,2%)" explique Alissa KNIGHT, auteure de l’étude.

Comment se soigner ?

L’alcoolorexie est à considérer à la fois comme une addiction et un trouble alimentaire. Selon la gravité et la difficulté du patient à se soigner, une hospitalisation pour sevrage peut être recommandée, sans occulter une thérapie.


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